Vue d'ensemble - Filler Guide


> Détective Conan

Genre : enquêtes
Anime : 1996~2015, 780+ ép (4)
Manga : 1994~2015, 85+ vol
Note : 9 jusqu'au vol 30, 3 ensuite
Auteur : Gosho Aoyama



I] Des différences entre l'anime et le manga ?
Pas de spoiler :

Hormis les quelques 250 épisodes fillers que compte la série (37% du total), on ne trouve pas de grandes différences entre l'anime et le manga, à part certaines histoires légèrement modifiées (pas avec les mêmes intervenants (ép. 005, 013, 128) ou le même gadget (ép. 163) par exemple) ou au niveau du design, comme ces nombreux protagonistes principaux ou secondaires qui deviennent subitement bruns au lieu d'être blonds. Même certains personnages non japonais et probablement "vrais" blonds peuvent apparaître bruns, avant de virer au blond 100 ou 200 épisodes plus tard.

Sur ce sujet d'ailleurs, les premiers épisodes ne sont dans l'ensemble pas vraiment à la hauteur du manga, et on peut même aller jusqu'à dire qu'il faut bien attendre 250 à 300 épisodes avant que l'anime ne propose un dessin plus ou moins stable et maîtrisé. Il n'y a qu'à voir la première apparition du professeur Jodie (un exemple parmi d'autres), dans les épisodes 226 et 227, pour se forger une idée. D'une manière générale, cette série s'étalant sur plus d'une quinzaine d'années, le design des personnages évolue donc au fur et à mesure du temps de manière très perceptible.

Cette série propose parfois des épisodes de 45 minutes, et plus rarement de 1h30 jusqu'à 2h. On y trouve également une poignée d'épisodes adaptés de volumes spéciaux, des épisodes originaux intitulés Mystery Tour, ou encore d'un précédent manga de l'auteur laissé en suspens (Magic Kaito, 4 volumes), avec Kid pour personnage principal.

Un mot quand même sur cette bourde XXL commise par le studio d'animation. En effet, à force d'introduire des personnages fillers au sein d'épisodes adaptés du manga, le studio nous a refourgué une belle incohérence. Dans l'épisode 5, Conan fait face à deux hommes en noir dans un train, sauf que ce ne sont pas ceux du manga (chapitres 33 à 35). Or, dans l'épisode 54, Conan les identifie par leur pseudonyme, qu'il n'a pourtant jamais entendu auparavant, et pour cause, ce n'étaient pas eux dans le train en question ! Par ailleurs, l'histoire des chapitres 13 à 16 débute à l'épisode 13, mais avec une fin originale (filler). Et connait son dénouement lors des 4 dernières minutes de l'épisode 128. Ou comment se compliquer la vie inutilement...


II] Plus de 80 volumes (et 700 épisodes). Pfiou...
On est obligés de tout lire ?!
Pas de spoiler :

Il est vrai qu'il n'y a pas tellement de manga à être allés aussi loin, tout en étant adaptés en séries. Quand on se dit que certains qui ont bien marché au Japon, comme Slam Dunk ou Hokuto no Ken par exemple, n'ont pas connu une adaptation intégrale, on peut s'interroger. La raison la plus logique, pour Détective Conan, tient sans doute au fait que contrairement à la plupart des anime, il n'y a pas tellement besoin de connaître le scénario de base pour comprendre la résolution d'une enquête "lambda". Surtout quand ce scénario peut se résumer en 5 lignes. Un peu comme la série Columbo que l'on peut suivre comme on veut, tout simplement parce qu'il n'y a pas de fil conducteur entre les épisodes.

Si vous avez connu l'édition française de Kana avec ses premières couvertures marrons (ce qui nous ramène à la fin 1997), et ce temps où déjà certains lecteurs se demandaient quand l'histoire allait connaître son dénouement, on peut dire que de l'eau a coulé sous les ponts depuis...

Le "format" de Détective Conan ressemble quelque peu à celui de cette série culte des années 1990, à savoir X-Files. Une série découpée en 2 parties : celle qu'on appelle communément la "mythologie", qui regroupe les épisodes concernant l'intrigue principale, dont le visionnage est nécessaire pour saisir l'essence même de la série (environ 80 épisodes sur 202). Le reste est constitué d'épisodes indépendants, ou "loners", qu'il est tout à fait possible de zapper. Pour Détective Conan, on pourrait à la rigueur extraire une trame principale, celle des "hommes en noir", à distinguer des épisodes ou chapitres qui ne font que développer des enquêtes policières n'ayant strictement aucune incidence sur le fil conducteur. Enfin, si seulement l'auteur n'avait pas abusivement entremêlé les deux, c'est-à-dire avec parfois une page d'intrigue principale, à la fin de 60 pages d'enquête classique (qu'on aurait cru zappable).

Si, au bout de 30 tomes, on pouvait opposer à cette démarche le fait que les enquêtes policières (sans enjeu) étaient une partie indispensable à l'équilibre du manga, arrivé à 80 voire éventuellement 100 tomes, on pourra naturellement se mettre à la place du nouveau lecteur et se dire qu'elle devient peut-être utile, voire urgente. Dans la mesure où ce manga n'est pas dénué d'intérêt bien évidemment. Pour donner un ordre d'idée, l'intrigue principale (ou les chapitres du manga dont la lecture est recommandée) représente environ 71% des 100 premiers chapitres (tomes 1 à 10), ce pourcentage tombant à 32% pour les 100 suivants, pour finir à 17% du tome 21 au tome 30.

Autrement dit, plus vous lirez de tomes de Détective Conan, moins le scénario avancera. Le caractère évidemment hautement répétitif des enquêtes conjugué à la masse de texte à lire (ce sont des enquêtes, pas des scènes de combats remplies d'onomatopées) pourra par conséquent donner la migraine à certains. La lassitude est de la partie, étant donné que la plupart des affaires obéit, malheureusement mais aussi logiquement (il n'y a pas 36 façons de procéder), au même découpage :

- le premier chapitre pour présenter le contexte, les protagonistes
- sa dernière page pour dévoiler un meurtre souvent sanglant
- le chapitre suivant pour voir le héros rassembler des indices ou preuves
- le 3ème pour dévoiler l'identité du coupable.

Ce découpage répond parfaitement au système de prépublication hebdomadaire, comme ce qui est fait au Japon avec le Weekly Shonen Sunday.

On notera par ailleurs un nombre non négligeable d'enquêtes irrésolvables pour un public occidental car nécessitant de connaître la langue et les subtilités du japonais. On peut dire de ce point de vue que le lectorat non japonais semble être le dernier des soucis de l'auteur. Cela reste tout à fait compréhensible dans la mesure où concernant Détective Conan, l'écrasante majorité des ventes se fait au Japon. Mais à quoi bon suivre une enquête dont la résolution vous est de fait inaccessible ? Certains stratagèmes paraîtront également un peu tirés par les cheveux, faisant penser que le meurtrier a suivi un stage intensif chez McGyver. Le modèle est complètement assumé (Sherlock Holmes de Conan Doyle), donc n'espérez pas assister à des résolutions d'énigmes à l'aide de ces petites cellules grises si chères au Hercule Poirot d'Agatha Christie, mais donc plutôt à une recherche minutieuse d'indices matériels, pas toujours des plus passionnantes. Celle-ci confère néanmoins un caractère ludique au manga puisque le dessin de l'auteur a son importance et amène le lecteur à y chercher les indices disséminés. Mais quand on sait que certaines enquêtes reposent sur la connaissance des caractères japonais et de leurs multiples significations, ce petit jeu tourne parfois très vite à la pure perte de temps.

Beaucoup de situations sont en outre invraisemblables : on passera sur ces affaires qui font penser que le scénario va avancer et qui se révèlent n'être au final que de gros artifices pour tenter de justifier un minimum la longévité du manga et donc sa cohérence. L'auteur ne recule devant rien concernant cela, même passés les 70 tomes. Certaines scènes font dans le surréaliste, comme l'anecdote du pull à tricoter du volume 24, en plein milieu d'un drame. Le temps n'avance pas dans Détective Conan. On verra donc les personnages principaux aller 150 fois à la montagne dans un chalet perdu, 200 fois à la plage pendant leur 2000 périodes de congés scolaires de l'année, 50 fois sur telle île ou dans telle ville, le tout sans prendre une ride et sans changer de classe. On nous avait bien prévenus que si les naufragés quittaient l'île (Lost), cela aurait des répercussions, mais à ce point là...

De la même manière, répertorier tous les fillers de cet anime ne suffit pas. Dans la mesure où ceux-ci ne font que raconter des affaires communes, à quoi bon les différencier de celles de l'auteur ? Elles sont certes moins recherchées que les siennes, mais arrivé au 400ème épisode, qui fera la différence entre les fillers du studio et les histoires inspirées du manga ? Puisque l'intrigue principale évolue toujours autour d'affaires à résoudre, il parait plus judicieux donc de se concentrer uniquement sur celle-ci.

Pour conclure, vous êtes bien entendu libre de prendre en compte ces remarques ou non. Il était tout aussi possible d'affirmer que ce manga était un petit bijou ou un chef d'oeuvre et que les 80 volumes constituaient un régal pour tout amateur du genre. Que même les fillers étaient bons. Que l'auteur ne tournait absolument pas en rond. En bref, ne mécontenter personne... Malgré tout et comme souligné précédemment, ce manga reste intéressant. Ses 20 premiers volumes, qui sont pour le moins addictifs, laissent une bonne impression et attisent la curiosité du lecteur. Le problème est que cette curiosité n'est au final que très rarement satisfaite par la suite. Une bonne idée de manga en somme, mais qui ne justifie pas de s'étaler sur plus de 80 volumes et ce d'autant plus que l'auteur l'a scénarisé de telle sorte que tout lecteur le débutant voudra normalement un minimum connaître le dénouement de l'histoire !

En France, environ 200 épisodes ont été diffusés et il apparait comme très improbable que la suite le soit un jour, compte tenu du (trop) grand nombre d'épisodes. L'année 2015 voit cependant la sortie des épisodes, en version vostfr légale, peu après leur diffusion au Japon. Si on m'avait dit que cela arriverait un jour, je n'aurais même pas parié là-dessus ne serait-ce qu'un centime. Sinon, on peut souligner qu'au Japon, il arrive que certains épisodes soient rediffusés. Cela veut dire que l'on aurait eu droit à encore plus de fillers sans cette sage décision, malgré tout pas poussée assez loin à mes yeux.