Vue d'ensemble - Filler Guide


> One Piece

Genre : aventure / ère de piraterie
Anime : 1999~2015, 700+ ép (2)
Manga : 1997~2015, 80+ vol (3)
Auteur : Eiichiro Oda




I] De quoi ça peut bien parler pour durer autant ?
Très léger spoiler :

On peut dire que la longévité du titre repose essentiellement sur son contexte géopolitique (des groupes d'individus bien identifiés et aux objectifs naturellement opposés) très présent et assez intéressant, auquel s'ajoute une multitude de personnages charismatiques (surtout chez les méchants), sans oublier un équipage de héros varié au possible. Ce cocktail est sans doute ce qui a contribué au succès du titre, celui-ci étant le plus vendu au Japon, et de très, [...], très, très loin. En effet, plus de 300 millions de tomes ont été vendus au Japon à la fin 2014, le numéro 2 (total des ventes) étant Dragon Ball avec ses 156 millions. Même si l'on peut constater que rapporté au tome, les 2 titres tournent autour des 4 millions, One Piece force évidemment le respect pour avoir réussi à tenir cette cadence jusque-là. Certains pourront être tentés d'affirmer qu'une personne qui a acheté les 50 premiers volumes continuera jusqu'à la fin, qu'elle aime ou non les développements à venir. A titre personnel, je ne partage pas du tout cette opinion (que l'on soit comme obligé de terminer une collection entamée).

Pour maintenant répondre à la question, et sans raconter l'histoire : s'il s'étend sur plus de 70 volumes pour sans aucun doute dépasser le cap des 100, cela est essentiellement dû au rythme ou à la vitesse (des plus lentes) à laquelle l'auteur développe ses arcs. One Piece, question rythme, est aux antipodes d'un Dragon Ball, dans sa version manga. Eiichiro Oda, l'auteur de One Piece, considère l'aspect narratif comme le socle de son oeuvre. On assiste quasiment à des aventures en temps réel, ponctuées par de très nombreux flashback (une marque de fabrique du manga). Cela confère au titre une certaine lourdeur, l'impression d'être enlisé dans l'action et de ne jamais en voir le bout. Cette lenteur dans la narration n'est pas aidée par le côté répétitif de certaines situations, comme principalement lorsque les combats ont lieu.

Pour donner une idée, les 80 premiers tomes se découpent comme suit :

- l'introduction (constitution de l'équipage) : du tome 1 au tome 11. Le héros dit dans le tome 11 que l'aventure va enfin pouvoir vraiment commencer. Dans le volume 12, l'auteur confirme, dans le courrier des lecteurs, que les choses sérieuses commencent réellement à partir de cet endroit. Cela correspond à peu près aux 50 premiers épisodes.
- la saga suivante s'étale du tome 11 au tome 23 (ou jusqu'à l'épisode 143)
- puis du tome 24 au tome 32 (ou jusqu'à l'épisode 206)
- puis du tome 32 au tome 45 (ou jusqu'à l'épisode 336)
- puis du tome 46 au tome 50 (ou jusqu'à l'épisode 384)
- puis du tome 51 au tome 60 (ou jusqu'à l'épisode 516)
- et enfin du tome 71 au tome 79

Une des raisons pour lesquelles l'histoire est aussi lente tient au fait qu'au fur et à mesure que l'équipage du héros s'agrandit, leur présence doit trouver une justification (leur créer des ennemis, des situations). Nous ne sommes pas dans un cas comme HxH où l'auteur se contente d'un groupe de quatre et sans forcément se sentir obligé de toujours les faire apparaître ensemble. Bien entendu, l'histoire de One Piece se déroulant sur les mers, il va de soi que l'auteur n'avait pas d'autre choix que de placer tous les amis du héros au sein du même bateau. Question de logique...

De manière anecdotique et sans rapport avec le sujet, on peut regretter que le studio d'animation ait commencé l'adaptation directement par le 2ème chapitre. Il est évident que le premier chapitre de n'importe quel manga est censé accrocher le lecteur, lui donner envie de continuer l'histoire. A ce titre, le premier chapitre du manga One Piece est autrement plus intéressant que ce que l'on peut voir dans le premier épisode de la série ! Ce chapitre ne sera adapté que lors du 4ème épisode. Cela fait donc pas moins de 3 épisodes avant de rentrer dans le bain.

Si bien sûr l'impression de lenteur est une chose subjective, propre à chaque individu, concernant la lenteur de la série, le constat est sans appel. Plus de 400 épisodes n'adaptent qu'environ un seul chapitre du manga. Mettez-vous 20 minutes pour lire un chapitre du manga (2h30 par tome) ? Vous verrez beaucoup de fans vanter le fait qu'au contraire de Bleach et Naruto, One Piece comporte très peu de fillers. C'est vrai, mais il ne faut pas oublier dans ce cas de préciser qu'en faisant ainsi, le studio a dû ralentir le rythme général. Certes, ce sont, entre autres, les chaînes de la TNT (comme anciennement Direct Star et ensuite D17) qui seront contentes d'avoir plus de 1000 épisodes à diffuser, à raison de 5 par jour. Mais bon. Quoi qu'on pense du manga d'origine, il est quand même dommage que la série connaisse un tel sort (en attendant One Piece Kai, dans 10 ans), comme en son temps Dragon Ball Z en avait lassé plus d'un avec ses épisodes à rallonge. On peut quand même souligner que les chapitres de One Piece sont parmi les plus bavards pour un shonen, et qu'ils sont plus longs (18 à 20 pages) que ne l'étaient ceux de Dragon Ball (autour de 14 pages).


II] Ce qu'on peut reprocher au manga One Piece.
Léger spoiler :

Les spoilers suivants sont légers pour ceux qui n'ont pas spécialement l'intention de lire ce manga, ou qui n'en attendent pas grand-chose. Pour les autres (remplacez "léger" par "gros"), il est évident que tout spoiler influe sur l'intérêt de la lecture, surtout pour un manga de cette longueur. Vous êtes donc prévenus.

Présentons ces quelques critiques sous forme de liste :

1) la lenteur générale du récit : déjà mentionnée précédemment, on insistera sur cette impression de déroulement de l'aventure en quasi temps réel. Pour contrebalancer un minimum, on pourra certes faire remarquer que c'est précisément grâce à ce récit très fourni en détails, que les passages les plus tristes du manga prennent tout leur sens. On lit souvent dans les avis d'internautes que One Piece est un manga drôle, mais question tristesse, l'auteur exprime tout son talent. Bien que ceci soit également un défaut, puisque l'on constate sans peine que tous les membres d'équipage du héros ont comme par hasard vécu un passé douloureux ou connu une expérience tragique voire traumatisante. A l'exception d'un seul d'entre eux, tous les autres ont perdu un membre qui leur était cher. Au niveau des probabilités, combien y avait-il de chance de se monter un tel équipage ?!

Il n'était peut-être pas utile que tous ces personnages soient des copiés collés sur ce point précis, même si on imagine bien qu'ils puiseront là l'énergie et la motivation pour se dépasser dans les situations les plus périlleuses (encore que ce ne soit jamais mis en avant pour justifier de leurs victoires). Vous avez déjà là un bon aperçu d'une des raisons expliquant la longueur du manga : la création d'une multitude d'histoires permettant de tout savoir du passé des héros. Même si on ne peut pas reprocher au manga d'être cohérent dans l'ensemble, l'extrême longueur du récit fait que certaines histoires apparaissent très vite comme du vu et revu, ou du complètement inutile et donc possiblement irritant. On assiste donc au bout d'un moment à du recyclage de modèles de personnages ou d'histoires déjà vues 10 fois, avec les habituels flashback sans surprise (l'arc des hommes poissons par exemple)...

2) 0 mort, côté gentil ou méchant, en 50 tomes : oui, en 50 tomes (400 épisodes), l'auteur réussit l'exploit de ne tuer aucun de ses personnages, gentils comme méchants (dans une histoire rythmée par des combats !). Les morts dans One Piece se produisent majoritairement dans les flashback. D'ailleurs, c'est lors de ces derniers que se trouvent les passages les plus tristes. D'un côté, c'est assez original, puisque les méchants, qui ont justifié la lecture de 10 tomes pour connaître la fin de la saga en cours, continuent leur vie après leur défaite (un peu comme Son Goku et ses amis connaissent des aventures dans l'au-delà). De l'autre côté, cela diminue forcément un peu l'intérêt des combats au bout d'un moment, puisqu'au final personne ne meurt. Vous vous faites avoir une fois, deux fois, trois fois, en réagissant à la (fausse) mort d'un gentil ou d'un méchant, puis une fois la combine assimilée, vous apprenez à vous moquer complètement du devenir des protagonistes, puisqu'ils sont intuables du premier au dernier.

Et ce n'est pas l'arc Skypiea avec sa mise en scène survival-pour-de-rire et décharges électriques de la-mort-qui-tue-pas qui prouvera le contraire. Ni l'arc précédent, avec le dénommé Pell, pas particulièrement fort, qui réussit à survivre à une explosion censée tout dévaster et surtout être au coeur d'une course contre la montre de la part de tous les héros : si le premier venu y a survécu en un seul morceau, pourquoi tout ce foin, de la part de l'auteur, autour de sa dangerosité ?! Pourquoi dans l'arc Skypiea, toute cette mise en scène avec la foudre qui s'abat sans même tuer une mouche ? Pourquoi dans l'arc Enies Lobby, le travelo survit après avoir fait pleurer son monde, en se retrouvant face au seul être qui ait mis KO le héros (excusez du peu) ? A quoi cela sert-il de jouer à ce point de l'intensité dramatique, censée émouvoir le lecteur (téléspectateur) ? Surtout pour des personnages jetables.

3) des héros surpuissants dès le début : oubliez ici les Ichigo (Bleach), Naruto (Naruto), Gon (HxH), Son Goku (Dragon Ball) ou encore Fly / Dai (La quête de Daï), qui ont tous commencé leur aventure par des phases d'entraînements et d'apprentissage, leur niveau n'étant pas spécialement remarquable (contrairement à leur potentiel d'évolution, naturellement). Dans One Piece, le modèle est celui de Kenshiro (Hokuto no Ken) et Kenshin (Kenshin le vagabond) : le manga expédie ce comment le héros est aussi fort, et nous commençons donc avec un Luffy qui ne redoute personne. Vous lui rajoutez 2 compagnons du même acabit, et vous avez le temps de 50 tomes affaire à 3 personnages aux techniques les plus folles, rendues possibles on ne sait trop comment (surtout pour Sanji avec ses techniques de pieds). Bien sûr, ce constat est relatif, puisque l'on se doute que ces personnages ne sont pas les plus puissants à ce moment de l'histoire, la démonstration étant donnée très tôt (cf. Mihawk vs Zoro). Mais c'est probablement le défaut numéro 1 de ce manga. Même Son Goku avait besoin de senzu, d'un traitement dans une capsule ou d'un passage à l'hôpital après de rudes et éprouvants combats. Dans One Piece, oubliez tout ça : il suffit d'un bon steak (Luffy) ou d'une sieste (Zoro) allant d'une à quelques heures, et les héros sont d'attaque pour les 10 prochains volumes (cf. Usopp à Water 7 par exemple. Mais il y en a tellement qu'il est inutile d'en citer plus).

4) le côté répétitif et lassant des combats : conséquence directe du point précédent, pour le suspense lors des combats, c'est rarement ça. De ce côté là, le manga est très répétitif. Et puisque tant les héros que leurs adversaires sont au final intuables, on aurait peut-être apprécié qu'ils ne se relèvent pas autant de fois après avoir été vraisemblablement mis KO.

5) les flashback à la pelle : au début c'est sympathique, mais passé un moment, certains préféreront sans doute qu'on aille de l'avant plutôt que d'empiler des flashback qui n'ont généralement qu'un seul but, à savoir nous arracher une ou deux larmes. Tous les manga ont recours au flashblack, mais One Piece est bien le seul à en mettre une telle proportion, à un tel point qu'on peut parfois en faire une overdose...

6) un humour parfois limite : de manière anecdotique et concernant les personnages gay et trans du manga, il est amusant de constater l'énorme décalage entre leur discours (parfois plutôt sérieux) et leur représentation des plus caricaturales, complètement repoussante, grotesque et extravagante (cf. chapitre 154, tome 17 (épisode 92) ou encore le tome 55). Voir l'un d'entre eux lors de batailles très importantes casse d'ailleurs légèrement l'ambiance, ou plutôt peut interpeller : "oui, je suis en train d'assister à une bataille épique, et un trans à tête énorme en porte-jaretelles y a un rôle non négligeable". Bienvenue dans l'univers de One Piece... Côté humour, si certains gags sont vraiment drôles et recherchés (le chapitre 191 du volume 21 par exemple, ou l'épisode 117), il est regrettable que la plupart soit du niveau cour de récré et surtout deviennent des plus répétitifs au bout d'un moment (les dragues de Sanji, Brook, la naïveté de Chopper, les réactions prévisibles de Luffy, Zoro et son piètre sens de l'orientation (comme Roland dans Ranma 1/2)). S'ils ont un esprit Dragon Ballesque (ou rappelant Dr Slump), on notera que ceux-ci se limitaient aux premiers tomes, quand Son Goku n'était encore qu'un gamin parfaitement innocent, et collaient donc bien avec le contexte et sa découverte du monde et des gens. En bref, One Piece ne se distingue pas spécialement des autres manga de sa catégorie au niveau de l'humour, dans la mesure où ses gags y sont recyclés à l'infini.

7) les combats qui manquent de sérieux : c'est bien sûr un jugement personnel, mais force est de constater qu'en mettant côte à côte One Piece et Hunter x Hunter (par exemple), le second fait preuve de bien plus de technicité, avec des affrontements autrement plus élaborés. Faisons une rapide synthèse, pleine de spoilers, des personnages et de leurs aptitudes :

- le héros : il possède un corps élastique après avoir absorbé un fruit du démon (FDD). Dans les autres manga, les aptitudes des personnages viennent généralement après un entraînement bien particulier : Son Goku maîtrise la plupart de ses techniques après un séjour chez Tortue Géniale ou Maître Kaioh. Gon (HxH) a lui aussi ses maîtres et il en est de même pour Naruto, Ichigo et Dai. Dans One Piece, on a le sentiment que les techniques du héros viennent avec le fruit qu'il a absorbé, dans la mesure où on ne voit pas le processus qui l'a amené à les créer. Par conséquent, presque tous les combats du héros consistent pour lui à matraquer son adversaire de coups, sans réfléchir à une quelconque stratégie (plus le coup sera énorme, mieux ce sera). Sur ce point des "techniques qui tombent du ciel", One Piece puise clairement son inspiration dans JoJo's Bizarre Adventure, où chaque personnage hérite (comme dans un paquet surprise) d'un Stand doté de pouvoirs bien déterminés. De toute façon, le héros est façonné sur un modèle naïf et insouciant, assurément bien plus que dans la moyenne du genre. En outre, ses techniques de niveaux supérieurs sont à peu près tout sauf créatives dans leur réalisation. Certains auront le sentiment que l'auteur les expédie rapidement parce que ça ne l'intéresse tout simplement pas, mais qu'il doit bien trouver quelque chose pour rendre son héros plus puissant. La même chose se fera ressentir lorsque le Haki sera de la partie.

- Zoro : le sabreur du groupe, qui ne possède pas de FDD. Tout comme Luffy le héros, les combats sont juste un enchaînement de coups, dans un style classique. Cela rappelle énormément la façon de se battre de Kenshin (Kenshin le vagabond), qui lui aussi se relevait toujours malgré les blessures infligées (même celles censées être mortelles), et là aussi en en finissant avec son ennemi juste à l'aide d'une technique de dernière minute, parce que l'auteur en a décidé ainsi. Sa particularité ? Des mâchoires et des dents d'acier, puisqu'il faut bien ça pour pouvoir tenir fermement son 3ème sabre avec ses dents. Il ne semble pas diminué par la perte d'un oeil, passé l'ellipse de deux ans, alors qu'une bonne appréciation des distances parait pourtant essentielle pour un sabreur. En outre, aucun de ses camarades ne s'inquiétera pour lui à ce sujet, comme si perdre l'usage d'un oeil était courant...

- Sanji : pas de FDD, mais des techniques de pieds ou de jambes phénoménales. Ils ne peuvent définitivement pas être considérés comme normaux, bien qu'ils le soient (ce n'est pas un extra-terrestre). Partant de ce constat, ses combats ne peuvent être pris au sérieux, puisque sa capacité est tout bonnement surréaliste pour un simple être humain. Peut-être tire-t-il sa puissance de ses cigarettes, puisqu'on le voit toujours une clope au bec ("hey les gosses, fumer c'est cool !").

- Nami : un personnage tout ce qu'il y a d'humain. Mais ses techniques de combat à l'aide d'une baguette climatique font vraiment dans la grosse ficelle. Son premier vrai combat est d'ailleurs clairement à visée humoristique. Passé celui-ci, on peine à croire qu'elle puisse défaire ses ennemis en utilisant ce genre d'artifice, mais surtout qu'avec son corps fragile, elle puisse leur résister bien longtemps, eux qui utilisent des FDD. On imagine mal quelqu'un d'aussi fragile que Bulma survivre à un coup ennemi, et pourtant...

- Usopp : là aussi un humain tout ce qu'il y a d'humain. Il se sert d'armes de sa création, et figure parmi les plus faibles de l'équipage. Pour s'en sortir, il utilise la ruse. Mais pour un simple humain, il aurait déjà dû mourir 350 fois au moins. On se rappellera que Krilin et compagnie sont bien "morts" au moins une fois, eux.

- Chopper : un petit animal usant des pouvoirs d'un FDD pour se transformer. D'apparence faible, il dispose d'un mode berserk (en animal), si bien qu'il peut toujours s'en sortir en l'utilisant (encore une grosse ficelle).

- Franky : un personnage qui aurait dû mourir mais qui, à l'article de la mort, a quand même réussi l'exploit de se robotiser une partie de son corps. Même le Dr Gero n'aurait pas fait mieux. Ce personnage est à 99% utilisé pour la déconnade, avec comme modèle Jim Carrey dans les films Ace Ventura (même coiffure, même attitude). Avec une telle inspiration, on comprend donc que ce protagoniste n'est pas à prendre au premier degré.

- Robin : une jeune femme qui détient aussi des pouvoirs de FDD, mais clairement dans un rôle défensif ou de soutien. Pas grand-chose à en dire au niveau des combats, où son rôle est plus que mineur.

- Brook : un squelette (FDD) pervers qui se bat avec une épée. Inutile d'en rajouter le concernant.

En conclusion, dans la mesure où on retrouve : le fils spirituel de Kenshin, 2 dragueurs dont un squelette et un humain aux jambes d'aciers, un héros élastique qui ne réfléchit jamais aux conséquences en fonçant toujours dans le tas, une fille avec sa baguette qui contrôle la météo et un froussard avec son lance-pierre surprise, une autre femme en retrait, un cyborg calqué sur Ace Ventura et un animal qui peut passer d'un mode Pikachu à un monstre incontrôlable, il parait clair que la stratégie et la technicité n'ont pas vraiment leur place dans ce manga. Ce serait comme attendre de la tactique ou du sérieux dans un épisode du Collège Fou Fou Fou quand le groupe de Rei affronte un groupe rival.

Là aussi, nul doute que cette quasi totale absence de sérieux est une qualité appréciable pour l'écrasante majorité des lecteurs, mais la précision est importante si donc par exemple, pour vous, les combats doivent être un minimum travaillés, intéressants, et pas seulement l'occasion de sourire ou rire (et encore). Cette caractéristique du manga est bien évidemment intimement liée à l'absence de morts, dans la plupart des cas. On comprend ainsi très bien qu'il serait contre-productif d'en arriver à la mort de protagonistes des 2 côtés, dès lors que les 4 cinquièmes des combats ou duels sont l'occasion de gags en tout genre. Cette remarque ne vaut naturellement pas pour les quelques personnages secondaires qui auraient pu ou dû mourir pour la crédibilité de l'ensemble (comme Pell). Ni pour les chefs ennemis (Arlong, Ener, etc.), qui eux ne prêtent pas à sourire, et auraient peut-être mérité une fin moins clémente.


III] Les raisons du succès de One Piece, selon moi.
Spoiler :

Je me suis souvent demandé ce qui faisait la force de One Piece par rapport aux autres manga, qui ne lui arrivent pas à la cheville au niveau des ventes. Pour rappel, chaque tome approche la barre des 3 millions d'exemplaires vendus au Japon après quelques semaines, quand ceux de Naruto, son principal concurrent, en font "seulement" le tiers. Et c'est comme souvent sans spécialement y penser qu'une réponse m'est venue à l'esprit. Ou pour être exact, suite à la conjugaison de plusieurs facteurs. Je pense que l'immense succès de One Piece est dû à ses ingrédients "à la Walt Disney". Je précise que je n'écris pas ça de manière péjorative, certains Disney ou Pixar étant excellents. J'ai revu dernièrement Star Wars 1 (la menace fantôme), et j'ai trouvé qu'il me faisait le même effet que One Piece. Je crois qu'il est inutile de faire un dessin. Pour moi, One Piece est un Walt Disney qui déborderait de niaiseries, transposé avec les codes du manga type shonen. Et c'est pour cette raison qu'il m'a toujours laissé de marbre. Hormis les 3 tomes de la guerre, découlant sur la mort d'Ace, la majorité des arcs baigne dans un esprit Walt Disney. Des exemples ? Il y en a à la pelle :

- chapitre 116 : une île préhistorique où vivent deux guerriers géants pas plus méchants que ça.

- arc de Skypiea (chapitres 237 à à 303) : des aventures dans un monde céleste, avec un méchant très méchant qui ne tue en fin de compte personne, et des gentils très gentils.

- arc de Thriller Bark (chapitres 442 à 490) : bienvenue dans un manoir hanté, peuplé de fantômes, zombies et autres revenants.

- arc des hommes poissons (chapitres 603 à 654) : ça se passe de commentaires, vu le titre de l'arc. Le héros doit sauver une sirène, princesse de son état.

- chapitre 651 : un des personnages les plus puissants, "Big Mom", est prêt à déclencher une guerre parce que le héros lui a mangé sa livraison de... bonbons préférés.

- arc de Punk Hazard (chapitres 655 à 699) : un méchant savant fou, aussi dangereux qu'un clown, qui transforme un groupe de gamins en gamins géants.

- arc de Dressrosa (chapitres 700 à plus de 780) : une histoire autour d'un peuple transformé en jouets, sur fond d'un tournoi dans un colysée. Et sans oublier les nains. Plus de 9 tomes autour de cet univers. C'est sa longueur qui m'a justement mis sur cette piste, même s'il peut paraître étrange d'avoir attendu aussi longtemps pour sortir ce constat. Au moins, je peux dire qu'il est mûrement réfléchi.

- l'arc qui suit avec la rencontre d'un étrange peuple... d'hommes-animaux. A genoux devant un tel génie scénaristique ! On pourrait croire que je me moque de l'auteur, mais pas du tout, puisque j'ai déjà écrit plusieurs fois qu'il avait toute ma considération. Non, l'expression "Oda est un génie" a été bien trop employée par ses fans pour que l'on s'interdise de la singer. Enfin, ça se passe de commentaires...

Petite précision toute bête : je ne dis pas que l'auteur a pompé sur des thématiques propres à Walt Disney. J'emploie ce nom uniquement pour donner une idée du type d'ambiance retranscrite dans le manga. Accoler Walt Disney à Hunter x Hunter ou Dragon Ball, ça ne tient pas une seconde. Le faire à One Piece, c'est déjà beaucoup plus parlant. Et parce que ces thématiques, qui ont largement fait leurs preuves et qui ne sont donc pas la propriété exclusive de Disney, sont fortement présentes dans One Piece, j'y vois là la raison de son immense succès. Sinon, comment expliquer une telle régularité dans les ventes ? Les arcs ne sont dans le fond pas si différents. Ce qui change, ce sont quelques détails liés à l'environnement dans lequel se déroule l'action. Et c'est pour moi un simple artifice, particulièrement efficace, pour faire croire au lecteur au renouvellement constant de l'oeuvre. Ce n'est pas un hasard s'il a fallu que l'histoire en arrive à l'arc de Marineford, avec la fameuse mort d'Ace, pour que ma curiosité soit cette fois suffisamment forte pour me pousser à lire le manga. C'est quasiment le seul passage normal, c'est-à-dire presque sans loufoquerie, où les héros arrêtent de faire les pitres pour amuser la galerie.

Je ne dis pas que One Piece est mieux ou moins bien que d'autres manga, juste qu'il est totalement différent dans son approche. Il me fait penser, côté jeux vidéo, au coup de poker de Nintendo quand ils ont sorti la console Wii. Comment passer de 20 ou 25 millions de Gamecube vendues, à 100 millions de Wii la génération suivante ? Ils ont élargi leur public en communiquant avec soin sur le côté motion gaming, et en simplifiant à l'extrême la manette en lui donnant la forme d'une télécommande. Un appareil utilisé par des centaines de millions de personnes, des plus jeunes aux plus âgées. L'autre "raison" a évidemment son importance, mais elle est pour moi secondaire. Pour moi, Oda a réalisé et réussi avec brio le même genre de coup avec son manga. On ne peut pas cibler un plus large public qu'il ne l'a fait, en utilisant des ingrédients auxquels semblent particulièrement réceptifs les lecteurs japonais (la Reine des Neiges a cartonné là-bas). Naturellement, c'est l'univers choisi, avec des pirates et la découverte d'un monde, qui lui a permis de piocher dans une multitude d'environnements : un désert, une région enneigée, un monde sous-marin, un monde céleste, une jungle, un volcan, une île préhistorique, etc. Dans Naruto, l'action se déroule les trois quarts du temps à proximité d'une forêt. Les paysages n'y sont pas très variés.

Par la force des choses, à cause de cet univers édulcoré, on assiste à des combats finalement en retrait, peu importe leur durée. Ce ne sont pas des combats pour faire "mal". Il y a peu de morts, énormément de larmes, le tout accompagné par une ambiance on ne peut plus naïve. Ce n'est absolument pas le même type de castagne que l'on peut voir dans Dragon Ball, YuYu Hakusho ou Saint Seiya, où on se frappe généralement pour tuer. On ne voit pas dans One Piece un clone de Trunks, découper en rondelles, et sans aucune hésitation, un clone de Freezer, sur fond d'une musique hallucinante (cf. Battle Power Unlimited, même si c'est un plagiat). Il n'y a aucun affrontement aussi extrême que ceux entre Ikki et Shaka, ou Hyoga et Camus, dans leur temple du zodiaque. En définitive, One Piece c'est la symbiose, la complémentarité parfaite entre deux univers : celui représenté par les productions familiales de type Walt Disney, et les codes du shonen. J'hésite beaucoup à écrire "shonen à la Dragon Ball", car celui-ci faisait la part belle aux combats, ce qui n'est pas vrai pour One Piece, où les combats n'ont pas réellement de sens, à quelques rares exceptions près.