Vue d'ensemble - Filler Guide


> Ranma 1/2

Genre : arts martiaux / comédie
Anime : 1989~1992, 161 ép (6)
Manga : 1987~1996, 38 vol
Auteur : Rumiko Takahashi




I] Jusqu'où la série adapte-t-elle le manga ?
Pas de spoiler :

Les 161 épisodes adaptent le manga jusqu'au début du volume 22 à peu près. La série comporte néanmoins son lot de personnages et d'épisodes fillers. Une dizaine d'OAV a été produite et adapte quelques histoires par la suite, sans toutefois concerner la toute fin du manga. Environ la moitié de la série est constituée de fillers. Toutefois, à la manière d'un City Hunter, certains de ces fillers figurent parmi les meilleurs épisodes de cette série.


II] Concernant le doublage français et la censure.
Pas de spoiler :

Par rapport aux comédiens doubleurs qui ont travaillé sur cette série, on notera tout particulièrement la présence :

- de Patrick Borg (la voix de Goku, Buu, etc., dans DBZ) pour Ryoga
- celle de Serge Bourrier (entre autres Shun dans Saint Seiya, le narrateur dans Dragon Ball GT) pour Happosai
- celle de Luq Hamet (Marty McFly dans Retour vers le futur, Roger Rabbit dans le film), la voix culte du héros
- celle de Dorothée Jemma (la voix de Jennifer Aniston dans la série Friends) pour divers personnages féminins
- celle de Vincent Ropion (Ryo Saeba / Nicky Larson dans City Hunter) pour Julian Storme
- celle de Barbara Tissier (la voix de Sarah dans Princesse Sarah)

Si vous avez regardé Princesse Sarah enfant et rêvé du moment où elle se rebelle enfin, crie, se dispute, s'énerve ou simplement arrête d'être gentille, vous pourrez toujours suivre la prestation de Barbara Tissier dans Ranma 1/2, en vous imaginant ce qu'elle aurait donné sur Princesse Sarah.

Plus sérieusement, concernant la censure et sans spoiler le manga, sachez juste que les dialogues en français sont parfois hors sujet, à la manière du travail effectué sur Nicky Larson. La faute n'en revient évidemment pas ici aux comédiens doubleurs, mais simplement au fait que cet anime a été diffusé en France dans une émission (le Club Dorothée) à destination d'un jeune public, et qu'il contient des allusions ou traite de thèmes qui ne sont sans l'ombre d'un doute pas adaptés à leur âge. Les doubleurs ne se sont toutefois pas permis les divers délires tels qu'on a pu entendre dans Nicky Larson ou Ken le survivant. L'humour étant omniprésent dans l'anime, il n'était de toute façon pas utile d'en rajouter.

Le dilemme qui se posera, pour certains, sera donc de choisir entre écouter le doublage français mais subir la censure de l'époque ou de suivre les vraies histoires avec les voix japonaises mais donc sans profiter de ces voix françaises qui ont déjà fait leur preuve. Une solution intermédiaire serait de profiter du doublage français tout en jetant un oeil aux sous-titres pour les passages modifiés.

Pour finir, vous avez peut-être lu ailleurs mon commentaire sur cette mode à l'époque qui consistait à modifier les prénoms des personnages. Sur Ranma 1/2, on atteint le summum. Voici une liste pour vous en rendre compte :

- Ranma Saotome : Ranma Vincent
- Akane Tendo : Adeline Galant
- Soun Tendo : Aristide Galant
- Nabiki Tendo : Amandine Galant
- Kasumi Tendo : Annabelle Galant
- Ryoga Hibiki : Roland Matthieu
- Tatewaki Kuno : Julian Storme
- Kodachi Kuno : Géraldine Storme
- Happosai : Maître Ernestin
- Shampoo : Bambou
- Mousse : Mathias
- Sasuke Sarugakure : Mathurin

Sérieusement, de la tête de qui sont sortis tous ces noms ? D'accord pour changer les Tatewaki, Kasumi ou Nabiki, qui sont difficilement mémorisables pour des personnages secondaires. Mais pourquoi garder le nom de Ranma, mais pas ceux d'Happosai, Shampoo, Ryoga ou Mousse, alors qu'ils passent et se retiennent tout aussi bien ?

Enfin, on peut s'estimer heureux d'avoir au final eu droit à "Sangoku" ou "Tortue Géniale" quand on voit ce que ça a donné pour Ranma 1/2. Ou "Raoul" au lieu de "Raoh" dans Ken le survivant. Et dans Nicky Larson, Maurice Sarfati avait bien osé nous sortir son cultissime : "tu as osé t'attaquer à Robert, Roger, Raoul et André" (à partir de 4 min 35, et attention, car ce qui précède contient un spoiler important).


III] Un exemple de censure et la comparaison avec d'autres manga.
Spoilers multiples (manga) :

L'histoire de l'épisode 45 est complètement modifiée en français :
- en version originale, il est question d'un garçon (appelé Tsubasa Kurenai) qui aime se travestir et est accessoirement amoureux d'une fille (Ukyo). Nous le prenons donc la plupart de l'épisode pour une fille, jusqu'à ce que la supercherie soit révélée à la fin, entrainant la stupéfaction voire l'énervement des personnages principaux.
- en version française, ce personnage est simplement à la recherche de sa soeur (Ukyo), les dialogues étant modifiés en conséquence.

D'une manière générale, les auteurs de manga n'hésitent pas à inclure des personnages h...m... ou travestis dans leur oeuvre. A titre d'exemples :

- Ryo Saeba (Nicky Larson) qui adore fréquenter des bars g... ou travestis. Il ira même jusqu'à se travestir lui-même au cours d'une intrigue ou porter des sous-vêtements féminins.

- F. Compo (Family Compo) : du même auteur, et qui traite du transsexualisme...

- Dragon Ball : un membre de l'armée du Ruban Rouge est g..., faisant échouer la tentative de séduction de Bulma (ne cherchez pas, la vf modifie ces dialogues de l'épisode 52).

- Card Captor Sakura : traite en long et en large de ces thèmes, le chevalier et la princesse d'une pièce de théâtre étant par exemple joués respectivement par des filles et des garçons (c'est tellement plus logique). Ou encore ce garçon qui décline les avances d'une fille parce qu'il aime son meilleur ami. Ou cette femme qui aime sa cousine.

- Sailor Moon : un homme à tout casser, des méchants par dizaines et au moins 10 filles composent le casting de cet anime. Dès le début de l'anime, nous sommes en présence de 2 hommes du côté des méchants faisant à peu près tout leur possible pour faire comprendre aux téléspectateurs qu'ils s'aiment éperdument. En général, la censure les fait passer pour des frères ou soeurs. Du côté des héroïnes, on retrouve un peu le même cas de figure...

- One Piece : on peut citer ce personnage du volume 17 revendiquant pleinement son côté "travelo" (expression utilisée dans le manga et la série). Et le tome 55 en remet une couche, avec cette fois une assemblée entière de travelos...

- Hokuto no Ken (Ken le survivant) : il n'y a qu'à voir la personnalité du principal rival de Rei, Yuda. D'ailleurs, Philippe Ogouz s'était lâché sur ce personnage ! Enfin, d'après ce qu'on peut lire dans les journaux ;-).

- Saint Seiya (les chevaliers du zodiaque) : probablement un des exemples les plus connus. Au point d'avoir été utilisé à raison dans une excellente parodie déjà mentionnée. Le sexe des personnages était si peu explicite par moment que l'adaptation française a attribué une voix féminine à certains personnages masculins, les cas de Shun, Mu et Aphrodite étant les plus mémorables. On lit souvent que les comédiens doubleurs de cette époque n'écoutaient quasiment jamais le doublage japonais avant d'effectuer le leur, pour s'inspirer de l'intonation par exemple. Ceci explique sans doute que des erreurs pareilles aient été commises. Toujours est-il que même en l'ayant préalablement écouté, il n'est pas dit que la correction eut été faite, tant certaines voix (japonaises) de personnages masculins font plutôt penser à des voix de femmes (même si c'est parfois une femme qui double à la base). Que dire aussi du design de l'armure d'Andromède de Shun ? Quel homme irait revêtir sans gêne (au cours d'un combat à mort) une armure à ce point féminine, de couleur rose, avec de telles courbes et ce moule de la poitrine ? Mettons-nous 5 secondes à la place des responsables de l'adaptation française à l'époque, et cessons l'espace d'un instant de leur jeter des pierres en reconnaissant humblement que tout ça n'était pas très évident sur le coup. Au sujet de l'épisode 1 de la parodie, Shiryu (13 ans dans le manga, l'air plus adulte dans la série. Qui donnerait 13 ans à Ikki ou Shiryu ?!) au lit avec Kiki n'est pas un trucage (cf. l'épisode 16, on a même droit à Shun sous la douche, pour faire plaisir à son fan club). On pourra aussi citer Shun qui pour sauver ses amis se colle à eux pour les réchauffer de son corps/cosmos.

- B't X du même auteur : pourquoi le générique de fin de ce dessin animé nous montre le mentor du héros de dos, toute nue, avec un cheval ailé au-dessus ? Enfin bref, dans le volume 12, le héros se fait embrasser par un adversaire que l'on jurerait être une femme, la coiffure et les traits du visage ne laissant que peu de place au doute. Tout ça pour s'apercevoir quelques pages plus tard que cet adversaire a un corps d'homme.

- Kenshin le vagabond : même exemple que précédemment concernant B't X, avec un ennemi que l'on prend pour une femme mais qui se révèle être un homme (la démonstration est censurée dans l'anime, ép. 51).

- en vrac : Evangelion (ép. 24), Cowboy Bebop (ép. 08), le collège fou fou fou, YuYu Hakusho (ép. 24, avec un démon travesti), Hunter x Hunter (inconnu du genre de certains personnages), Level E du même auteur (carrément un changement de genre), Yakitate Japan (ép. 06), Black Butler (ép. 04, 06), Samurai Champloo (ép. 06, avec un Néerlandais g... et mal dans sa peau), etc.

Pour en revenir à Ranma, imaginez un peu le môme de 7 ans qui allume son téléviseur le matin et tombe sur un épisode montrant des personnages nus dans leur bain, ou des travestis. Encore une fois, plutôt que de critiquer cette forme de censure, il faut peut-être se demander quel choix aurait-été préférable : n'avoir aucun de ces dessins animés diffusés en France sur une chaîne hertzienne car pas tout à fait adaptés au public et retarder de fait l'engouement pour les manga qui a suivi à la fin des années 90. Ou les avoir mais en version censurée et contribuer ainsi au fait que la France devienne un des plus importants marchés concernant la publication de manga.

Pour comparer, des séries comme Dragon Ball et Les chevaliers du zodiaque n'ont été diffusées aux Etats-Unis (le pays où une version censurée va jusqu'à colorier Mr Popo de DBZ Kai en bleu) qu'à partir des années 2000, et dès 1988 en France. Si cela ne vous convainc pas, dites-vous que sans ces dessins animés censurés en long et en large, le Joueur du Grenier n'aurait sans doute pas produit ses épisodes "spéciales dessins animés", figurant parmi les plus drôles. Philippe Ogouz, Maurice Sarfati et leurs collègues n'auraient pas fait rire des milliers de personnes en visionnant les extraits sur YouTube. Ségolène Royal aurait peut-être gagné la présidentielle de 2007 sans sa prise de position (c'est de l'humour). Enfin, vous pouvez imaginer toutes les répercussions que cela a pu avoir sur le monde qui nous entoure, et vous dire que globalement cela a été un bon moment de rigolade.

Note : j'ai censuré deux mots car j'ai remarqué, avant de le faire, qu'ils affectaient le "profil" de mon site et, concrètement, activaient des sortes de filtre empêchant l'affichage normal des images sur certains ordinateurs dotés d'un contrôle parental.




> Inu Yasha

Genre : heroic fantasy / romance
Anime : 2000~2010, 193 ép (5)
Manga : 1997~2009, 56 vol
Auteur : Rumiko Takahashi




I] Jusqu'où la série adapte-t-elle le manga ?
Pas de spoiler :

Inu Yasha est composé de 2 séries. La première, de 167 épisodes (dont 40 fillers), va jusqu'au début du volume 37. La 2ème, intitulée "Dernier acte" (Kanketsu Hen), adapte le reste en 26 épisodes. Les fins sont donc identiques. Dans le détail, certains chapitres après le volume 37 ont tout simplement été intégrés à d'autres, voire zappés. Pour Kanketsu Hen, on peut donc distinguer les 5 premiers épisodes, qui adaptent à eux seuls, et grossièrement, environ 82 chapitres (1.6 tomes par épisode). Tandis que les 21 suivants sont beaucoup plus fidèles et redescendent à du 0.6 tome par épisode, ce qui est tout à fait acceptable. Bref, si vous êtes tombés sous le charme de cette série et souhaitez ne rien rater, vous savez maintenant quels tomes vous procurer en priorité.

Inu Yasha est, après Ranma 1/2, le manga le plus connu de Rumiko Takahashi (une femme). On peut d'ailleurs y voir un clin d'oeil au personnage d'Happosai.


II] Mon avis sur l'anime Inu Yasha.
Pas de spoiler :

Vous avez peut-être lu "romance" dans les mots clés. On parle généralement de shonen pour les adolescents et de shojo pour les manga destinés à un public féminin. Inu Yasha a bien un aspect romantique, mais pas de quoi le cataloguer shojo pour autant. Pour donner une idée, c'est du même tonneau que la relation entre Ranma et Akane dans Ranma 1/2, même si c'est dans un contexte beaucoup moins comique. De tous les manga ou anime traités sur ce site, Inu Yasha est celui qui fait le plus penser à Harry Potter, par certains côtés. Cette comparaison, toute personnelle (que d'autres ont sûrement déjà faite), est juste donnée à titre indicatif.

Chaque manga a son grand méchant, et celui d'Inu Yasha est pour le moins original, dans sa construction. Chose peu courante pour un manga de 56 volumes, on ne dénombre pas pléthore de personnages principaux ou secondaires. Cela confère certes par moment un côté répétitif au titre (certaines scènes identiques ou presque), mais à ce niveau-là, rare sont ceux qui se renouvellent complètement à chaque épisode.

En conclusion, Inu Yasha est un titre qui s'adresse à tous ou presque, un peu comme Harry Potter, avec lequel il partage au moins un élément commun. Le relativement faible nombre de protagonistes fait qu'il est plus que recommandé de zapper les épisodes fillers de la série, pour éviter toute lassitude.

Concernant l'édition du manga en France, une interview de l'éditeur (Kana) de novembre 2012 nous apprend que ce titre est un échec. Extrait (intégrale disponible sur le site paoru.fr) :

"Ceux que vous avez cités plus haut (Gintama, Prince of Tennis, Inu Yasha) sont des échecs commerciaux. Ils partent à quelques centaines d’exemplaires en général et nous sommes contents quand nous arrivons à en écouler 2 000 exemplaires alors que ce sont des stars au Japon."

On peut avancer que la longueur du manga et la non diffusion du dessin animé sur une chaîne de la TNT sont 2 énormes obstacles au succès d'un shonen fleuve. Le reste de l'interview nous apprend que ce sont grâce aux poules aux oeufs d'or (type Naruto, One Piece et Fairy Tail) que les éditeurs peuvent se permettre certaines prises de risques.